« Dana Sereda peint un langage. Elle peint comme langage. Sa peinture, c’est un langage. Dans ses œuvres : une femme seule, debout, ou convexe, sur une colline, au bord d’un abime, dévorée, ou étouffée par des animaux et des plantes. Mais qui est-elle ? S’agit-il d’autoportraits, ou de recherches dans les entraves de la Terre, comme une rematriation du lien à la Terre Mère ? Sa terre natale : un territoire revendiqué, piétiné, pillé ? Or, cette figure féminine est posée à égale valeur avec d’autres êtres. L’artiste recherche des tissages-hybridations avec les animaux, les plantes, les irrigations cosmiques. Le serpent, la pomme, les oiseaux sont des figures d’un langage dessiné, limité par les couleurs : composition évoquant la mue du serpent dans une sensibilité féminine, écho à l’amitié, à la trahison.
Le serpent s’élève vers le ciel, mue, étouffe. Mais il y a la langue, l’organe précurseur, qui prend la place d’une oratrice. Ce langage sont les couleurs. Sereda ne les mélange pas : elle crée des frontières naturelles dans son monde fantastique en permettant la mue d’une poésie radicalement intime. Les couleurs restent étanches, sans dégradé ni fusion, posées entre les états et les strates du sensible. Elles y deviennent un miroir intérieur autant qu’un langage. Il n’y a pas, dans les œuvres, d’engagement implicite : Sereda tisse une histoire, la sienne, sans prétention à l’universel. Nul besoin que cela touche tout le monde, seulement ceux et celles qui en adopteront le langage.
Sereda va au-delà d’une mise en épistémè : elle crée une cosmogonie contemporaine de nos peurs, de nos rêves et du vivant. Animaux et êtres magiques y ont autant d’importance que l’humain. Ses peintures sont un monument à un monde magique et vivant dont l’humain a besoin. Humaines et plus-que-humaines, ses figures composites portent un message intime aux pratiques au féminin et font renaître la conscience de cohabitation entre les éléments. »
Neli Dobreva, philosophe de l’art


