Assoupie ou inerte, le bras tendu vers un autre sans parvenir à l’atteindre, la figure androgyne se laisse entrainer dans une douce apathie. Somnolant, voire inanimé, le personnage languit dans une indifférence au chaos qui l’entoure. Au loin, d’autres figures semblent s’échapper d’un horizon apocalyptique aux tons incendiaires, avançant vers un paysage désaffecté. Pourtant, dans We Wake Up, l’espoir d’un renouveau se déploie aux bords d’une rivière remplie de mirages : c’est l’aube d’un commencement.
Cet oscillement ambigu, entre présences hostiles et illusions de sérénité, est un fil conducteur dans les œuvres d’Ania Khazina. Elle y crée un espace de projections libres, où les peurs et les insécurités chevauchent et embrassent l’apaisement, où les blessures deviennent les racines d’un monde alternatif. Elle conçoit des paysages fantastiques comme environnements protecteurs, dans lesquels les chevaux peuvent nager pour garder la tête hors de l’eau et les corps se sentir à l’abri dans l’étreinte des algues sous-marines. Capturer le paroxysme dramatique n’est donc pas une finalité pour Ania Khazina. Elle choisit plutôt de se tourner vers la représentation de ce qui subsiste, de l’indicible qui demeure à travers le souvenir, des vestiges visibles en marge des résidus emportés par un temps révolu.
Entre visions apocalyptiques et idylliques, les œuvres d’Ania Khazina délimitent un espace intermédiaire, et nous invitent à investir nos songes au creux de ses interstices. Entre fuite et capitulation, abandon et aveuglement, les personnages qui peuplent ses compositions cherchent à s’extraire de la frénésie ambiante. Face à la violence omniprésente de l’extérieur, Ania Khazina offre un moment de retrait dans lequel la coexistence entre humains et animaux prévaut, la nature n’est pas colonisée, mais souveraine, et le passé ne se vit pas dans la solitude du deuil, mais dans la célébration de ce qui peut advenir.
Megan Macnaughton


