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Mathieu Sauvat

Diplômé des Beaux-arts de Paris, et parmi les huit résidants de la villa Dufraine en 2025, Mathieu Sauvat est un artiste touche-à-tout, qui voit ses œuvres plastiques comme le prolongement de ses créations audiovisuelles, ou bien comme la genèse des images qu’il met en mouvement : « L’expression cinématographique représente l’aboutissement naturel de mes travaux artistiques, et ce sont mes projets plastiques qui bâtissent les décors de mes films et écrivent leurs histoires ». Le récit se place en effet au centre de sa démarche. Il utilise alternativement la sculpture, l’installation, le dessin ou encore la vidéo comme autant de matériaux à travers lesquels l’exprimer. Il développe un univers décalé et poétique à partir du quotidien.
Mathieu Sauvat traficote, bidouille, bricole des machines.

Pas n’importe lesquelles ; des machines à transporter, des machines à s’évader, ou des « moyens de locomotion ». Un coup, c’est l’avion, un autre le train, un autre encore le télescope. Quand il s’en va à bord de ces engins, Mathieu ne laisse pas « tout en plan » ; il veille à conserver quelque chose dans sa poche. À son départ, Mathieu sauva(t) ce qu’il pouvait sauver.
Le travail de l’artiste est habité par cette tension entre ce qui reste et ce qui s’en va, entre la quête d’un ailleurs mystérieux et la recherche d’un abri indéfectible. Dans le voyage du temps, Mathieu a gardé son émerveillement de gosse sous le bras. C’est alors qu’il voit le chapeau dans le ciel de ses dessins — et non pas le « château » — se répéter ailleurs… sur une carte, une tapisserie, et même dans la forme des montagnes. Si nombreux sont ceux qui, se surprenant à y voir la manifestation du sort, auraient aussitôt détourné le regard un peu honteux, Mathieu s’accroche lui à cette occurrence mystérieuse des « mystères » comme au vol du papillon.
Présenté dans cette exposition, le film les Mystères de l’horizon s’apparente à une nouvelle machine. Une esthétique du bricolage pour porter une histoire qui fabrique la reliure entre le hasard et la providence. « C’est dire comme nos mots sont constitués de vent », entonne Mathieu dans une de ses chansons-poèmes, moins pour désigner le vide recouvert par les mots que leur mouvement aléatoire, poussé par le souffle du vent, à l’image de tout ce qui vit.
Peu importe ce qu’il y a au bout et qui n’existe pas encore, peu importe le sens transcendant du chapeau ou le point d’atterrissage que le destin, ce salaud, aura choisi, pour nous. Il s’agit de se rassoir dans le train et d’observer les paysages qui défilent. Parce que ce qui compte vraiment, c’est le sens qu’on donne au voyage, à notre si belle attente qui prend la forme d’un Michel ou bien de la cascade du « bout du monde ».

L’EXPOSITION