Après avoir déposé ses textes sur des bandes de papier figées et monumentales — ou monumentales parce que figées —, Bohême les confie à une imprimante thermique chargée d’en déployer un morceau toutes les trente secondes, sur un papier au format du ticket de caisse. Cette variation de taille, du géant au minuscule, est encore une façon d’interroger l’exposition de l’intime. Les mots de la diariste sont « crachés » par un oreiller disposé sur un matelas. Bohême fait parler nerveusement l’objet quotidien qui rencontre nos corps bruts et nos bocaux solitaires à la fin du jour. Une façon de sanctifier l’intime tout en le trahissant. L’espace unitaire et caché du sujet se trouve non seulement exhibé, mais aussi objectifié — attribué à l’oreiller —, puis diffracté par nos mains de visiteurs, libres d’empocher un morceau.
Le ton parfois poétique, souvent cru et insolant, porte la voix d’un désir sexuel qui, s’il est intarissable, au risque d’induire une expression répétitive et provocatrice, peut s’envisager plus innocemment comme un judas sur l’existence. Une prise sur le réel, certes plus casse-gueule qu’une autre, mais indéniablement féconde. L’appétit sexuel se réalise concrètement et « corporellement » tout en étant refaçonné par l’imagination sous la forme du fantasme. Les visiteurs découpent des fragments de ce « journal d’un corps », pour reprendre le roman éponyme de Daniel Pennac, recréant une intimité avec le texte.


